Fiche Service-Public F1352 — assurance dégât des eaux
Le toit fuit hors tempête : ce que l'assureur prend en charge
Quand le toit fuit sans qu'aucune tempête ne soit passée, la question n'est plus de savoir si l'événement est garanti, mais de savoir ce que le contrat répare. La multirisque habitation indemnise très généralement les conséquences intérieures d'une infiltration — plafond, sols, mobilier — et bien plus rarement la remise en état de la couverture qui l'a laissée entrer. Entre les deux se glissent la vétusté, l'exclusion pour défaut d'entretien et la répartition entre locataire et propriétaire. Cette page démêle ces lignes et indique quoi faire en cas de refus.
Les dommages intérieurs d'un côté, la couverture de l'autre
La garantie dégât des eaux d'une multirisque habitation a un objet précis : réparer les dommages que l'eau a causés aux biens assurés. Un plafond taché, une plaque de plâtre gonflée, un parquet soulevé, un canapé ou un appareil détruit entrent dans son champ. Elle couvre aussi, dans la plupart des contrats, les infiltrations survenues par la toiture, par une terrasse ou par un balcon faisant office de couverture, à condition qu'elles procèdent d'un événement soudain et accidentel.
Ce qu'elle ne fait presque jamais, c'est financer la remise en état de l'élément par lequel l'eau est entrée. La logique est constante en assurance de dommages : le contrat indemnise les conséquences d'un événement, il ne prend pas en charge l'entretien ni le renouvellement d'un ouvrage arrivé en fin de vie. Une tuile poreuse, un mortier de faîtage effrité, un solin fatigué, un écran de sous-toiture inexistant relèvent de la charge du propriétaire. En un mot : le plafond, oui ; le toit, non.
Il existe des exceptions, et elles valent d'être vérifiées aux conditions particulières. Certains contrats étendus comportent une garantie dommages aux bâtiments plus large. D'autres acceptent la réparation ponctuelle qui met fin au sinistre — le remplacement de quelques tuiles, la reprise d'un solin autour d'une souche — parce qu'elle évite l'aggravation et coûte moins que la répétition des dégâts intérieurs. Enfin, si l'origine est un événement garanti par ailleurs, tempête, grêle ou poids de la neige, on ne raisonne plus en dégât des eaux : le régime applicable est celui décrit sur la page toiture après tempête.
Une dernière distinction évite bien des déceptions : la condensation n'est pas un dégât des eaux. Des combles aménagés dont le plafond perle par temps froid, faute de ventilation de sous-toiture ou de pare-vapeur continu, ne subissent aucun événement soudain ; aucun contrat ne prend cela en charge. Le remède est constructif, et il relève de l'isolation de la toiture et des combles.
La fiche publique consacrée à l'assurance dégât des eaux rappelle que les infiltrations dues à un événement soudain et accidentel peuvent être couvertes, contrairement à celles qui résultent d'un manque d'entretien, et que les infiltrations par la toiture, les murs ou les fenêtres liées à la vétusté sont exclues. Elle renvoie aux articles L113-1 à L113-17 du code des assurances.
Source : https://www.service-public.gouv.fr/particuliers/vosdroits/F1352Le défaut d'entretien, l'exclusion qui bloque les dossiers
Le motif d'exclusion le plus souvent opposé sur une fuite de couverture tient en trois mots : défaut d'entretien. Ce n'est pas une invention de gestionnaire, c'est une clause écrite aux conditions générales, et elle a un fondement simple. L'assurance couvre l'aléa, pas le prévisible. Une toiture dont l'état se dégrade depuis des années produit une infiltration certaine, pas un accident.
Ce que l'expert regarde est concret. La porosité générale des tuiles, qui prennent l'eau et s'effritent sous le pouce. L'état du mortier de faîtage, des rives et des scellements. La présence de tuiles déjà cassées ou déplacées ailleurs sur le versant. L'obstruction des chéneaux et des descentes, la végétation qui y pousse trahissant une accumulation ancienne. Les traces d'infiltrations anciennes sur la charpente, en décalage avec la date déclarée. Un seul de ces éléments ne suffit pas ; leur accumulation, oui.
La réponse utile est documentaire, et elle se prépare avant le sinistre. Conservez les factures des interventions passées, même modestes : remplacement de tuiles, curage des chéneaux, reprise d'un solin, visite de contrôle après un épisode venteux. Un compte rendu de visite avec photographies, établi par une entreprise de couverture, vaut mieux qu'un souvenir. Si votre toiture a déjà fait l'objet d'un remaniement, gardez le devis et la facture : ils datent l'ouvrage et prouvent son suivi.
Il faut aussi distinguer l'exclusion de la vétusté, deux notions qu'on confond souvent parce qu'elles reposent toutes deux sur l'âge. L'exclusion supprime la garantie ; la vétusté ne fait que réduire l'indemnité, par application d'un coefficient d'âge sur le bien endommagé. Un plafond refait il y a vingt ans sera indemnisé avec abattement, pas refusé. Quand un assureur annonce un refus, la première chose à lui demander est donc laquelle des deux notions il applique, et sur quel constat matériel il s'appuie. La réponse conditionne toute la suite du dossier.
Locataire ou propriétaire : qui répare et qui paie
La question se pose dès qu'un logement est loué, et la réponse est nette : la réfection d'une couverture n'est pas une réparation locative. Le décret n° 87-712 du 26 août 1987 fixe la liste des réparations à la charge du locataire ; son annexe ne met à sa charge, pour les gouttières, chéneaux et descentes d'eaux pluviales, que le dégagement des conduits, c'est-à-dire leur curage lorsqu'ils sont accessibles sans risque. Tout le reste — tuiles, charpente, solins, faîtage, remplacement d'une gouttière — incombe au bailleur.
Cette répartition s'appuie sur une obligation plus large. L'article 6 de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 impose au bailleur de remettre un logement décent, ne laissant pas apparaître de risques manifestes pouvant porter atteinte à la sécurité physique ou à la santé. Le décret n° 2002-120 du 30 janvier 2002 précise ce que cela signifie pour le clos et le couvert : le logement doit être protégé contre les eaux de ruissellement et les infiltrations, et les menuiseries extérieures ainsi que la couverture avec ses raccords doivent assurer cette protection. Un toit qui laisse passer l'eau rend le logement non conforme.
Côté assurances, deux contrats coexistent et ne servent pas à la même chose. Celui du locataire, obligatoire, couvre ses biens propres et sa responsabilité ; c'est lui qui indemnise le mobilier abîmé et, selon les contrats, les embellissements qu'il a réalisés. Celui du propriétaire — multirisque habitation s'il occupe, assurance propriétaire non occupant s'il loue — couvre le bâtiment. En cas d'infiltration par la toiture, le locataire déclare à son assureur et informe le bailleur par écrit ; le bailleur déclare de son côté et fait intervenir l'entreprise.
Que faire si le bailleur ne fait rien ? La marche à suivre est graduée : signalement écrit et daté, puis mise en demeure par lettre recommandée avec avis de réception, puis saisine de la commission départementale de conciliation, puis du juge. Cesser de payer le loyer de sa propre initiative est en revanche une mauvaise idée : cela expose le locataire à une procédure alors même qu'il a raison sur le fond. Le lien entre décence, isolation et classement énergétique est traité sur la page DPE et mise en location.
Annexe du décret n° 87-712 du 26 août 1987 relatif aux réparations locatives : pour les parties extérieures dont le locataire a l'usage exclusif, sont à sa charge l'entretien courant et, s'agissant des auvents, terrasses et marquises ainsi que des descentes d'eaux pluviales, chéneaux et gouttières, le dégagement des conduits. La réfection de la couverture n'y figure pas et reste à la charge du bailleur.
Source : https://www.legifrance.gouv.fr/loda/article_lc/LEGIARTI000006491868Le constat amiable et la fuite qui vient de chez le voisin
Quand l'eau vient de chez le voisin — un chéneau encastré commun, une couverture mitoyenne, une terrasse située au-dessus —, le document qui accélère tout est le constat amiable dégât des eaux. Il n'est pas obligatoire, mais il est vivement recommandé : rempli et signé par les deux parties, il fixe la date, décrit l'origine apparente, liste les dommages de chacun et évite que deux versions contradictoires circulent entre les assureurs.
Quelques précautions de rédaction. Décrivez ce que vous constatez, pas ce que vous supposez. Ne reconnaissez aucune responsabilité : ce n'est pas l'objet du document, et cette appréciation n'appartient pas aux parties. Joignez des photographies. Chaque partie adresse un exemplaire à son propre assureur. Si l'immeuble est en copropriété, un exemplaire va au syndic, qui déclarera au titre de l'assurance de l'immeuble lorsque l'origine se situe dans les parties communes — ce qui est le cas d'une toiture-terrasse commune, sujet traité sur la page toit-terrasse en copropriété.
Entre assureurs, une convention professionnelle organise la gestion des dégâts des eaux : elle désigne l'assureur qui pilote le dossier, encadre la prise en charge de la recherche de fuite et évite que chacun se renvoie la responsabilité. Elle ne s'impose pas à vous et ne modifie pas vos droits ; elle explique simplement pourquoi c'est parfois l'assureur du voisin, ou celui de la copropriété, qui vous appelle.
Dernier point, souvent négligé : la recherche de fuite est un poste à part entière. De nombreux contrats la prennent en charge, y compris les investigations destructives nécessaires pour accéder au point d'entrée et la remise en état de ce qui a été déposé pour y parvenir. Demandez l'accord préalable de l'assureur avant de lancer une investigation lourde, et faites établir un rapport écrit avec photographies. La méthode de recherche sur une couverture en tuiles, elle, est décrite sur la page urgence, recherche et bâchage. Les infiltrations par un toit plat obéissent à une autre logique, exposée sur la page étanchéité de toit-terrasse.
Refus de prise en charge : réclamation, contre-expertise, médiation
Un refus n'est pas une décision définitive. La première étape est écrite : adressez au service réclamations de votre assureur — son adresse figure aux conditions générales — une lettre recommandée exposant les faits, la date de déclaration, la garantie invoquée, le motif du refus tel qu'il vous a été opposé, et les pièces qui le contredisent. Demandez explicitement la communication du rapport d'expertise : vous y avez accès, et c'est souvent en le lisant qu'on découvre sur quel constat matériel repose la décision.
Si le rapport conclut à un défaut d'entretien ou minore l'étendue des désordres, la contre-expertise est l'outil adapté. L'assuré mandate un expert d'assuré qui rédige un rapport contradictoire ; en cas de désaccord persistant, les deux experts peuvent désigner un tiers expert dont l'avis départage. Certains contrats prévoient la prise en charge des honoraires de l'expert d'assuré au titre d'une garantie d'assistance ou de protection juridique : vérifiez ce point avant d'engager la dépense.
Vient ensuite la Médiation de l'Assurance, gratuite pour l'assuré. On peut la saisir au terme du traitement de la réclamation et, en tout état de cause, deux mois après la première réclamation écrite, que l'assureur ait répondu ou non. Le dossier comprend la copie du contrat, la copie de la réclamation — datant de plus de deux mois et de moins d'un an — et la réponse éventuelle du professionnel. Le médiateur adresse une proposition de solution dans un délai de trois mois à compter de la recevabilité de la saisine, délai prorogeable pour les litiges complexes. Cette proposition, rendue en droit ou en équité, ne s'impose pas aux parties.
Reste le juge, saisi dans le délai de prescription biennale propre au droit des assurances : deux ans à compter de l'événement qui y donne naissance. C'est le dernier recours, et la médiation ne l'interdit pas — elle suspend au contraire la prescription pendant son déroulement, ce qui laisse le temps de tenter la voie amiable sans perdre ses droits.
La Médiation de l'Assurance décrit sa procédure étape par étape : saisine gratuite après le traitement de la réclamation ou deux mois après la première réclamation écrite, dossier comprenant le contrat, la réclamation et la réponse éventuelle, proposition de solution rendue dans un délai de trois mois et non contraignante pour les parties.
Source : https://www.mediation-assurance.org/la-mediation-etape-par-etape/Maison de moins de dix ans : décennale et dommages-ouvrage
Une maison achevée depuis moins de dix ans change complètement le raisonnement. Ce n'est plus la multirisque habitation qui est en première ligne, mais les garanties légales de construction, et elles sont bien plus favorables.
L'article 1792 du code civil rend le constructeur responsable de plein droit des dommages qui compromettent la solidité de l'ouvrage ou qui le rendent impropre à sa destination. Des infiltrations répétées par la couverture entrent typiquement dans cette seconde catégorie : les juridictions retiennent l'impropriété à destination sans exiger que le logement soit devenu inhabitable. La couverture, l'écran de sous-toiture, la zinguerie et l'étanchéité d'un toit-terrasse relèvent de cette garantie décennale, que tout couvreur, charpentier ou étancheur doit avoir souscrite. Le délai court à compter de la réception des travaux : c'est cette date qu'il faut retrouver dans vos pièces.
Deux autres garanties encadrent les premières années. La garantie de parfait achèvement oblige l'entreprise à reprendre les désordres signalés pendant l'année qui suit la réception, quelle qu'en soit la gravité. La garantie de bon fonctionnement, d'une durée de deux ans, vise les éléments d'équipement dissociables du gros œuvre.
Le levier le plus efficace reste l'assurance dommages-ouvrage. L'article L242-1 du code des assurances impose au maître d'ouvrage de la souscrire avant l'ouverture du chantier ; elle préfinance les réparations relevant de la décennale sans qu'il soit nécessaire d'avoir déterminé qui est responsable. Les délais sont encadrés : l'assureur doit notifier sa position sur la mise en jeu des garanties dans un délai maximal de soixante jours à compter de la réception de la déclaration, puis présenter une offre d'indemnité dans un délai maximal de quatre-vingt-dix jours.
Deux réflexes pratiques pour finir. Cette assurance suit le bien : si vous avez acheté une maison de moins de dix ans, le contrat souscrit par le vendeur vous bénéficie, et l'attestation doit figurer dans les pièces de la vente. Et la déclaration se fait par lettre recommandée en décrivant les désordres constatés, pas les travaux souhaités. L'angle de l'acquéreur face à une couverture en fin de vie est traité sur la page acheter une maison avec la toiture à refaire.
Article 1792 du code civil : tout constructeur d'un ouvrage est responsable de plein droit, envers le maître ou l'acquéreur, des dommages qui compromettent la solidité de l'ouvrage ou qui, l'affectant dans l'un de ses éléments constitutifs ou l'un de ses éléments d'équipement, le rendent impropre à sa destination. Il n'échappe à cette responsabilité qu'en prouvant que les dommages proviennent d'une cause étrangère.
Source : https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000006443502Questions fréquentes
L'assurance paie-t-elle la réparation de la toiture ?
Rarement. La garantie dégât des eaux indemnise les dommages intérieurs causés par l'infiltration — plafond, sols, mobilier — mais pas la remise en état de l'ouvrage par lequel l'eau est entrée, considéré comme relevant de l'entretien du propriétaire. Font exception les événements garantis par ailleurs, tempête, grêle ou poids de la neige, et certains contrats étendus qui acceptent la réparation ponctuelle mettant fin au sinistre.
Fuite de toiture : locataire ou propriétaire ?
Le bailleur. L'annexe du décret du 26 août 1987 ne met à la charge du locataire, pour les gouttières et chéneaux, que le dégagement des conduits. Tuiles, charpente, solins et faîtage relèvent du propriétaire, tenu par l'article 6 de la loi du 6 juillet 1989 de fournir un logement protégé contre les infiltrations. Le locataire signale par écrit et déclare de son côté pour ses biens.
Le constat amiable dégât des eaux est-il obligatoire ?
Non, mais il est fortement conseillé dès que deux logements sont concernés. Il fixe la date, décrit l'origine apparente et liste les dommages de chacun, ce qui évite deux versions contradictoires entre assureurs. Chaque partie en adresse un exemplaire à son propre assureur, et un exemplaire va au syndic en copropriété. On y décrit les faits sans reconnaître de responsabilité.
Que faire si l'assureur invoque le défaut d'entretien ?
Demandez d'abord le rapport d'expertise et le constat précis sur lequel repose la décision. Opposez-y vos justificatifs : factures d'interventions passées, comptes rendus de visite, photographies antérieures, devis de remaniement. Adressez une réclamation écrite au service dédié, envisagez une contre-expertise par un expert d'assuré, puis saisissez la Médiation de l'Assurance si la réponse ne vous satisfait pas.
Combien de temps pour saisir le médiateur de l'assurance ?
La saisine intervient au terme du traitement de la réclamation et, en tout état de cause, deux mois après la première réclamation écrite adressée à l'assureur, qu'il ait répondu ou non. La réclamation jointe au dossier doit dater de plus de deux mois et de moins d'un an. La procédure est gratuite et le médiateur rend sa proposition dans un délai de trois mois.
Une fuite sur une maison de moins de dix ans est-elle couverte ?
Oui, par la garantie décennale du couvreur, dès lors que les infiltrations rendent l'ouvrage impropre à sa destination au sens de l'article 1792 du code civil. L'assurance dommages-ouvrage souscrite avant l'ouverture du chantier préfinance les réparations sans recherche préalable de responsabilité. Le délai court depuis la réception des travaux, et l'attestation suit le bien en cas de revente.
La recherche de fuite est-elle prise en charge ?
Souvent, oui, quand elle est rattachée à un dégât des eaux garanti. La prise en charge couvre les investigations, y compris destructives, et la remise en état de ce qui a été déposé pour accéder au point d'entrée. Sollicitez l'accord préalable de l'assureur avant toute investigation lourde et faites établir un rapport écrit avec photographies, qui servira de base au chiffrage.
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